Air du temps

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Jeudi 27 mars 2008 4 27 /03 /2008 22:58
LA DÉSAXÉE

Une introspection du star système à travers celle qui l’a le mieux incarné et aussi le plus subi : Marilyn Monroe. Virginie Stevenoot incarne cette idole éternelle avec force, rage et puissance dans une mise en scène soignée de Smaïn. Sa performance mérite à elle seule le déplacement.


Une chambre d’hôpital. Une voix à la radio : Kennedy vient d’être assassiné. Une belle blonde. « Je m’appelle Marilyn » affirme-t-elle. Personne ne semble enclin à la croire, et pour cause… Elle va pourtant tout faire pour le prouver. En racontant son histoire. Celle d’une pauvre fille abandonnée dès l’enfance, humiliée lors des castings, photographiée nue pour pouvoir manger, embauchée par des producteurs « qui confondent l’art et le dollar », mal aimée des hommes, tantôt adulée tantôt honnie du public…

Un parcours jalonné de noms prestigieux : Brando, Clark Gable (le « daddy »), le « Français qui l’a juste baisée deux ou trois fois mais n’était pas un milliardaire de la galanterie ». Quelques anonymes aussi : des enfants qu’elle n’a jamais eus, un père inconnu, une mère internée (et donc « à moitié morte »), des amants qui ont fait d’elle une « autodidacte de l’amour qui apprend vite », des maris… Portrait d’une actrice qui faisait un « sale métier mais le faisait proprement », d’une actrice qui appartenait à tout le monde mais sous l’apparence de laquelle se cachait une femme refusant d’être à n’importe qui.

« Two thumbs up ! »

Drapée dans le peignoir beige que Marilyn porte sur de célèbres photos, Virginie Stevenoot campe une Norma Jean viscéralement authentique, loin de l’image glamour que les plus grands photographes ont immortalisée. En effet, Yonnick Flot, dont la connaissance du 7ème art sert admirablement le texte splendide qu’il a écrit, opte pour le portrait d’une Marilyn possédée par les démons qui ont fait d’elle une boule de haine mais surtout une héroïne tellement « chosifiée » qu’il n’y a plus que le malheur pour composer son quotidien. De cette folie, la comédienne nous livre une performance que les Américains gratifieraient volontiers d’un « Two thumbs up ». Jouant autant de son corps (en reproduisant gestes et mimiques de Marilyn) que de sa voix, Virginie Stevenoot réussit à être aussi bouleversante dans les phases de désespoir qu’attendrissante quand elle joue cette femme-enfant qui trouva dans les bras protecteurs de Clark Gable la chaleur du père qu’elle n’avait jamais eu.

On sait pourtant dès le début qu’elle n’est pas Marilyn et que la comédienne interprète donc une femme qui se prend pour la star. Virginie Stevenoot fait volontairement oublier son personnage premier pour n’être plus que l’incarnation de l’idole. La mise en abyme est donc totale, le gouffre sans fond, la chute vertigineuse. Aucun salut n’est possible. C’est l’oubli de soi au profit de celui qu’on rêve d’être, forme irréversible de schizophrénie aigüe.

Ce qui peut passer pour le cri déchirant d’une star consciente de sa déchéance, d’une actrice qui aurait excellé dans les pièces de Tchekhov (un des nombreux auteurs qu’elle connaît mais sans oser le dire à la presse car ce n’est pas ce qu’on attend d’elle), qui rêva d’incarner la Blanche Dubois de Tennessee Williams s’avère au final un immense cri d’amour. Cet amour que la gloire lui a volé, elle qui se shoote à ça.

Qu’importe ensuite qu’elle soit Marilyn ou pas. Ce sont tous les cœurs des femmes qui battent dans sa poitrine, ces femmes au destin brisé par les hommes,  ces « faux assistants mais vrais salops », ces acteurs, ces sportifs, ces présidents. « Ces cœurs d’hommes plus grands que ceux des femmes, on se demande à quoi ça leur sert… ». C’est ce camaïeu de la douleur que Virginie Stevenoot nous envoie. C’est dur, c’est âpre, c’est rude. Mais c’est surtout d’une fulgurante beauté.

Franck BORTELLE (Paris)

Je m’appelle Marilyn
Texte de Yonnick Flot
Mise en scène : Smaïn assisté de Charlotte Soutrelle
Avec Virginie Stevenoot
Costumes : Nathalie BAUMGARTNER
Lumières : Stéphane VELARD
Décors : Bérénice RUBEL
Petit Théâtre des Variétés, 7, boulevard Montmartre 75002 PARIS (métro : Grands Boulevards)  -  Réservations : 01 42 33 09 92 du lundi au dimanche de 11h00 à 18h00
Depuis le 27 février 2008, du mercredi au samedi à 21h30 et le dimanche à 16h00
Durée du spectacle : 1h15



Par Franck BORTELLE - Ecrire un commentaire
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